Contaminants

Rayonnements non ionisants

Synthèse publiée le : 28/05/2018

SYNTHESE : Lumière bleue et santé

La lumière bleue est un rayonnement électromagnétique couvrant une partie restreinte du spectre visible à l’œil nu comprise entre 400 et 480 nm de longueur d’onde environ. Un ensemble de travaux a permis d’évaluer les effets toxiques de la lumière bleue sur la rétine humaine, et de définir un spectre d’action et des valeurs limites d’exposition (VLE) largement acceptées qui ont servi de base à l’élaboration de normes internationales de sécurité photobiologique.

La lumière bleue a cependant occupé en 2017 le devant de la scène scientifique car l’utilisation croissante des sources de lumière artificielle à LEDs blanches à luminophore – dont le spectre est typiquement riche en bleu – a suscité ces dernières années de nouvelles recherches visant à vérifier leur potentiel toxique au niveau rétinien. En parallèle des questions de toxicité rétinienne, des problématiques liant l’exposition à la lumière artificielle et perturbation de l’horloge biologique humaine ont été approfondies.

 

Toxicité rétinienne

Au milieu des années 1970, Ham, Mueller et Sliney ont mis en évidence la possibilité d’apparition de blessures photochimiques chez le singe rhésus sous l’action d’une lumière bleue de forte intensité pendant une durée relativement courte (de quelques secondes à quelques heures). Ces dommages sont caractérisés par la destruction des photorécepteurs et de l’épithélium pigmentaire rétinien (EPR) consécutivement à des phénomènes de pression oxydative[1]. Ce risque lié à une exposition aiguë bénéficie d’un cadre normatif bien établi applicable notamment aux lampes et appareils d’éclairage (IEC 62471 ; IEC-TR 62778) ; cependant, certains auteurs ou agences sanitaires se sont inquiétés de l’absence d’évaluation des effets biologiques et sanitaires d’une exposition chronique ou subchronique.

L’année 2017 a ainsi été marquée par plusieurs publications cherchant à répondre à cette problématique :

  • Krigel et coll. [1] ont publié les résultats d’une étude réalisée sur des rats (Wistar et Long Evans) portant sur les effets, au niveau de la rétine, de différentes conditions expérimentales d’exposition, dont les variables contrôlées étaient le niveau et la durée d’éclairement, et la nature de la source : LEDs blanches « froides » (6 300 K)[2], LEDs bleues (455-465 nm), LEDs vertes (520-535 nm), lampes fluocompactes ou lampes fluorescentes à cathodes froides. Il apparaît que sous 500 Lux en exposition cyclique et longue, les LEDs blanches, bleues et vertes provoquent des dommages chez le rat Wistar, alors que les lampes fluocompactes n’en provoquent pas. Les LEDs bleues ressortent par ailleurs dans cette étude comme les plus nocives, à éclairement égal. Deux réserves pourraient toutefois être émises vis-à-vis de la validité de ces résultats :

-        premièrement, la température de couleur des lampes fluocompactes n’est pas publiée. Or, dans une expérience similaire, Shang et al. avaient mis en évidence en 2013 [2] que la modification de l’onde b[3] dépendait de la température de couleur des sources d’exposition,

-        deuxièmement, la valeur d’intensité énergétique (en W/m2) nécessaire pour produire 500 Lux par une LED bleue est plus élevée que la valeur nécessaire pour produire 500 Lux par une LED blanche. Il est dans ce cas difficile de comparer l’effet de la différence de longueur d’ondes, car elle covarie avec une différence d’intensité énergétique ;

  • après avoir montré en 2015 que la lumière produite par les LEDs pouvait être à l’origine de lésions rétiniennes chez le rat, Jaadane et coll. ont publié une nouvelle analyse [3] portant sur l’effet de la lumière produite par une lampe à LED blanche sur l’EPR du rat. Dans cette nouvelle étude, la transparence de l’iris du rat Wistar a été pertinemment prise en compte en maintenant une valeur de pupille de 5 mm (typique d’une pupille dilatée chez le rat), bien que les expériences d’exposition aient été réalisées sans dilatation pupillaire artificielle. Les auteurs ont noté des signes d’une pression oxydative sur l’EPR apparaissant après une exposition énergétique de seulement 4,14 J/cm2 (dont 0,58 J/cm2 produits par la composante bleue, soit presque 4 fois moins que la limite admise de 2,2 J/cm2pour une exposition humaine de 10 000 s). Les auteurs remarquent également, qu’à exposition égale (4,14 J/m2), on n’observe pas de lésions sur l’EPR lorsque la source de lumière est un tube fluorescent, sans préciser cependant sa température de couleur et la proportion de la composante bleue, ce qui pose le même problème de validité que dans l’étude de Krigel et al.
  • Shang et coll. [4] ont examiné les lésions induites sur des rétines de rats Sprague-Dawley par l’exposition aux LEDs en fonction de la longueur d’onde (460, 530 et 620 nm) pour un éclairement de 1 W/m2. À noter que l’utilisation, dans cette étude, de grandeurs énergétiques plutôt que visuelles permet d’éviter la confusion d’effet relevée dans l’étude de Krigel et al. Les électrorétinogrammes, les analyses histologiques et les observations aux TEM (microscope électronique à transmission) réalisés dans cette étude confirment un effet biologique plus important et plus précoce des longueurs d’ondes courtes au niveau de la rétine.

Krigel et Jaadane ont souligné, en conclusion de leurs travaux respectifs, la nécessité d’une révision des VLE de la norme de sécurité photobiologique. Cependant, la validité des modèles animaux utilisés dans ces expériences est discutée : Point et Lambrozo montrent [5] qu’on ne peut extrapoler, du rat à l’Homme, les résultats d’exposition sans prendre en compte la différence d’anatomie oculaire qui introduit un écart dans la quantité d’énergie déposée sur la rétine par une même source et ont conclu que les résultats récents obtenus sur des rats ne remettent pas en cause la validité des VLE actuelles. Cet avis est partagé par les experts du SCHEER qui, dans un rapport préliminaire rendu le 6 juillet 2017 [6], déduisent de l’analyse de la littérature disponible qu’il n’y a pas de preuve d’un effet délétère des LEDs sur la population générale en utilisation normale, tout en admettant que des recherches doivent être poursuivies et en alertant sur l’absence de prise en compte dans les normes de sécurité photobiologique de certaines populations plus sensibles à la lumière bleue, comme les enfants en bas âge dont la transparence du cristallin est plus importante que celle de l’œil adulte.

 

Perturbation de l’horloge biologique

Chez les mammifères, la mélatonine est une hormone secrétée par l’épiphyse sous le contrôle du noyau suprachiasmatique de l’hypothalamus. Le noyau suprachiasmatique reçoit les projections des cellules à mélanopsine (IpRGC) qui sont sensibles entre 450 nm et 480 nm de longueur d’onde[4]. Par conséquent, une exposition de nuit à une lumière ayant des composantes bleues importantes peut être responsable chez l’Homme d’une perturbation du cycle veille-sommeil, possiblement associée à une augmentation des risques de cancer du sein, d’obésité, de diabète, ou encore de troubles psychologiques. En effet, l’hypothalamus qui contient le noyau suprachiasmatique est un élément fondamental, par le contrôle qu’il opère sur la neurohypohyse et l’adenohypophyse, pour l’équilibre métabolique de l’organisme.

Comme l’ont rappelé Hatori et coll. [7], l’utilisation croissante des écrans d’ordinateurs ou de téléphones portables, par la quantité de lumière bleue émise, pourrait être un facteur de risque de dérèglement de l’horloge biologique. À l’inverse, le respect d’une bonne rythmicité circadienne pourrait constituer une approche non-pharmacologique pour le maintien en bonne santé et la prévention de troubles chroniques. Des publications récentes ont ainsi alimenté le débat scientifique, en particulier vis-à-vis des conséquences d’une exposition à la lumière bleue le soir ou la nuit via notamment l’utilisation des écrans. Ont notamment été soulignées les différences de réaction en fonction de l’âge des utilisateurs :

  • dans une revue de la littérature, Touitou et coll. [8] font l’état des recherches sur les facteurs favorisant le dérèglement de l’horloge biologique des adolescents, notamment l’exposition aux LEDs des écrans ou des lampes d’éclairage, et considèrent que cette exposition devrait être réduite et contrôlée, notamment le soir. Touitou rapporte que, dans des conditions d’exposition à des valeurs d’éclairement de niveaux domestiques, les enfants avant 15 ans subissent une diminution de la sécrétion de mélatonine plus marquée que les adultes. Comme mécanisme, s’appuyant sur des travaux antérieurs, Touitou avance une possible influence du diamètre pupillaire (plus important chez l’enfant que chez l’adulte). Les mêmes auteurs rappellent que le fœtus est exposé au rythme maternel de sécrétion de mélatonine qui joue un rôle important dans la formation du cerveau, et qu’une altération du niveau de concentration de la mélatonine maternelle durant la grossesse peut entrainer une interruption de la programmation cérébrale du fœtus et des effets à long terme ;
  • Gabel et coll. ont étudié [9] les conséquences physiologiques et comportementales du niveau d’éclairement domestique sur la vigilance, la sécrétion de mélatonine et de cortisol, l’activité et les variations de température corporelle au cours d’une expérience impliquant des volontaires jeunes (entre 20 et 35 ans) et plus âgés (entre 55 et 75 ans). Les participants devaient rester dans un état d’éveil prolongé de 40 heures lors de trois conditions expérimentales (8 Lux, 250 Lux 2 700 K, 250 Lux 9 000 K) séparées par un intervalle d’au moins 3 semaines. Cette étude a montré que la lumière froide (9 000 K, donc riche en bleu) perturbe plus significativement la production de mélatonine qu’un éclairement de même niveau en lumière chaude (2 700 K, donc pauvre en bleu) chez les jeunes, mais qu'aucun effet n’est observable chez des populations plus âgées. Cette moindre sensibilité de l’organisme âgé à la lumière bleue pourrait s’expliquer par l’augmentation de la densité du cristallin et la perte de certaines cellules ganglionnaires rétiniennes.

Le SCHEER [6] a tenu à préciser que la quantité d’études disponibles vis-à-vis de l’effet des LEDs sur les rythmes circadiens est relativement faible et que ces études sont, la plupart du temps, réalisées en condition de laboratoire, ce qui laisse en suspens la réponse à la question des effets des LEDs – et plus généralement de l’éclairage artificiel – dans la vie courante. Toutefois, Touitou et coll., dans une revue de la littérature portant sur les effets biologiques et sanitaires de l’exposition nocturne à la lumière artificielle [10], considèrent que la prévention de ces effets et des troubles associés devrait être envisagée comme une préoccupation majeure de santé publique compte tenu du nombre de travailleurs de nuit ou postés dans les économies industrialisées. Touitou propose ainsi de considérer l’exposition nocturne à la lumière artificielle comme un nouveau type de perturbateur endocrinien.

Dans ce contexte se développent, sans réel contrôle, des dispositifs de protection « antilumière bleue », notamment pour les verres ophtalmiques. Downie a rappelé [11] qu’il n’existe pas aujourd’hui de données cliniques suffisantes pour permettre d’affirmer leur intérêt pour la préservation de la rétine et souligne que le bénéfice potentiel de ces traitements doit être mis en balance avec de possibles effets délétères comme l’altération de la perception des couleurs, la réduction de la sensibilité en vision de nuit, le dérèglement de l’horloge biologique, ou encore la promotion de la myopie [12] que l’on suspecte d’être favorisée par le manque d’ondes courtes lors de la croissance de l’œil.

 

Conclusion

Les résultats des recherches parues en 2017 ont incontestablement participé à améliorer la compréhension des mécanismes d’apparition des lésions des cellules rétiniennes sous l’action de la lumière bleue, mais ne remettent pas en cause les limites d’exposition pour l’homme adulte. Certains travaux renforcent cependant, l’intérêt de la notion d’ « hygiène lumineuse », qui doit permettre de préserver la santé des usagers de l’éclairage artificiel mais également d’améliorer le bien-être et d’optimiser les performances au travail.

On notera enfin qu’en réponse aux risques potentiels liées à la lumière bleue se développent des dispositifs antilumière bleue, mais leur pertinence reste à démontrer.

 

Liens d’intérêts : l'auteur est employé de la société Cooper Sécurité SAS.

 

Références

[1] Krigel A, Berdugo M, Picard E, et al. Light-induced retinal damage using different light sources, protocols and rat strains reveals LED phototoxicity. Neuroscience 2016 ; 339 : 296-307.

[2] Shang YM, Wang GS, Sliney D, Yang CH, Lee LL. White light emitting diodes (LEDs) at domestic lighting levels and retinal injury in a rat model, Environ Health Perspect 2014 ; 122 : 269-76.

[3] Jaadane I, Villalpando Rodriguez GE, Boulenguez P. Effects of white light-emitting diode (LED) exposure on retinal pigment epithelium in vivo. J Cell Mol Med 2017.

[4] Shang YM, Wang GS, Sliney D, Yang CH, Lee LL. Light-emitting-diode induced retinal damage and its wavelength dependency in vivo. Int J Ophthalmol 2017 ; 10 : 2.

[5] Point S, Lambrozo J. Some evidences that white LEDs are toxic for human at domestic radiance? Radioprotection 2017.

[6] SCHEER (Scientific Committee on Health, Environmental and Emerging Risk). Preliminary Opinion on Potential risks to human health of Light Emitting Diodes (LEDs), 2017.

[7] Hatori M, Gronfier C, Van Gelder RN, et al. Global rise of potential health hazards caused by blue light-induced circadian disruption in modern aging societies, Aging and Mechanisms of Disease 2017 ; 3 : 9.

[8] Touitou Y, Touitou D, Reinberg A. Disruption of adolescents' circadian clock : The vicious circle of media use, exposure to light at night, sleep loss and risk behaviors. J Physiol 2016 ; 110 : 467-79.

[9] Gabel V, Reichert C, Maire M, et al. Differential impact in young and older individuals of blue-enriched white light on circadian physiology and alertness during sustained wakefulness. Scientific Reports 2017 ; 7 : 7620.

[10] Touitou Y, Reinberg A, Touitou D. Association between light at night, melatonin secretion, sleep deprivation, and the internal clock : Health impacts and mechanisms of circadian disruption. Life Sci 2017 173 : 94-206.

[11] Downie L. Blue-light filtering ophthalmic lenses : to prescribe, or not to prescribe ? Ophthalmic & Physiological Optics 2017 ; 37 : 640-3.

[12] Torii H, Kurihara T, Seko Y, et al. Violet light exposure can be a preventive strategy against myopia progression. EBioMedicine 2017 ; 15 : 210-9.

 

Notes

[1] La pression oxydative (également appelée stress oxydant) est une agression des cellules par les espèces réactives de l’oxygène (essentiellement l’anion superoxyde, le peroxyde d’hydrogène et le radical hydroxyle) qui peut engendrer une peroxydation lipidique, une modification des protéines et des enzymes, ou encore une altération des acides nucléiques et de leur expression. On parle de pression oxydative lorsque la production des espèces réactives de l’oxygène dépasse les capacités des mécanismes de protection ou de réparation de l’organisme.

[2] Le kelvin (K) est l’unité de mesure de la température de couleur proximale pour une source de lumière blanche, qui par nature ne peut pas être décrite par une longueur d’onde.

[3] L’onde b est une onde positive engendrée par les courants induits par les flux de potassium au niveau des cellules gliales de Müller.

[4] A noter que les ipRGC projettent également sur l’aire prétectale du mésencéphale, responsable du contrôle de la contraction pupillaire.



Synthèse publiée le : 01/04/2017

CHAMPS MAGNÉTIQUES, CHAMPS ÉLECTROMAGNÉTIQUES ET SANTÉ

Mesurer l’exposition environnementale et professionnelle aux champs magnétiques et électromagnétiques (50 Hz, Linky, radiofré­quences) : ce fut le mot d’ordre de l’année 2016. Connaître l’exposi­tion à ces agents physiques permet de mieux communiquer envers le public et devient nécessaire pour l’application de la directive européenne limitant les expositions professionnelles aux champs électriques, magnétiques et électromagnétiques de 0 à 300 GHz.

 

Contexte

Le développement des technologies utilisant les communications sans fil se poursuit, avec les tablettes, les jouets et objets connectés, l’internet des objets, les compteurs communicants comme Linky, etc. Leur fort déploiement et l’importante utili­sation par les populations les plus jeunes ont amené l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) à réaliser une expertise sur le sujet qui a conduit à la publication d’un rapport sur « radiofréquences et enfants » [1, 2] et l’Agence nationale des fréquences (ANFR) a réalisé une campagne de mesures de l’exposition des personnes aux radiofréquences (RF) et aux champs électriques et magnétiques du compteur Linky [3, 4].

 

État des connaissances et actualité scientifique en 2016

Champs magnétiques 50 Hz

Pierre blanche qui confirme des résultats précédents de Bunch en Grande-Bretagne et de Pedersen au Danemark publiés en 2014, l’étude conduite dans l’état de Californie [5] est bâtie sur le même modèle méthodologique que les études précédentes. Le travail a porté sur 5 788 cas de leucémies chez l’enfant et sur 3 308 cas de tumeurs du système nerveux central également chez l’enfant. La distance des lignes de transport d’électricité par rapport à la résidence est appréciée par géocodage et dans certains cas par des visites sur site.

Le résultat est comparable aux deux études citées précédemment puisqu’il existe un léger excès, non significatif, de leucémies à moins de 50 m des lignes de transport d’électricité : odds ratio de 1,4 ( IC 95 % : 0,7-2,7), ce qui fait dire aux auteurs que ces résultats ne sont pas en faveur d’un excès de risque de leucémie chez l’enfant associé au fait de résider à moins de 50 m des lignes de transport, sans bien entendu pouvoir l’exclure. Les auteurs n’ont pas trouvé d’association entre la proximité des lignes et la survenue d’une tumeur du système nerveux central (OR = 1,2 - IC 95 % : 0,4-3,4).

Nous en savons plus sur l’exposition aux champs magnétiques de 50 Hz, et plus précisément chez les enfants, grâce à deux études d’exposition personnelle, l’une en Italie [6], l’autre en France [7].

L’étude italienne a été réalisée dans le cadre d’ARIMMORA (Advanced Research on Interaction Mechanisms of electroMagnetic exposures with Organisms for Risk Assessment). Quatre-vingt-six enfants ont été inclus dont 52 sélectionnés en raison des caractéristiques de leur habitat laissant supposer une exposition élevée (proximité d’une ligne ou présence d’un poste de trans­formation dans l’immeuble). Ils ont porté un appareil de mesure des champs magnétiques EMDEX pendant plusieurs jours, en semaine et le week-end, avec, en complément, des mesures dans la chambre en hiver et en été. Les principaux résultats montrent que l’exposition moyenne (personnelle) est le plus souvent < 0,4 μT et ne varie pas selon la saison. Les expositions moyennes les plus élevées sont retrouvées à la maison dans la journée ou dehors. Habiter à proximité de sources de CM (telles que transformateurs ou lignes) contribue à l’exposition des enfants, mais pas plus que leurs habitudes et leurs comportements. Ceci est confirmé par l’étude française qui a enregistré l’exposition personnelle, au moyen d’un EMDEX II porté pendant 24 heures, d’un échantillon de 977 enfants représentatifs de la population française, sans rechercher la proximité de source de champ magnétique. En filigrane, la question posée était de savoir quelle était la fréquence d’exposition des enfants à la valeur moyenne de 0,4 μT et quelle en était la source principale, cette valeur apparaissant dans certaines études épidémiologiques comme un possible seuil d’effet. Surprise : le principal facteur d’exposition est la proximité du radio réveil sur la table de nuit : 3,1 % des enfants avaient une moyenne arithmétique supérieure ou égale à 0,4 μT mais ils n’étaient plus que 0,8 % quand les expositions nocturnes liées au radio réveil étaient exclues. Enfin, et non moins important, si le niveau de champ magnétique résidentiel était de fait plus élevé quand la résidence de l’enfant se situait à proximité d’une ligne de transport, aucun des 0,8 % d’enfants dont l’exposition moyenne atteignait ou dépassait 0,4 μT n’était concerné par cette proximité.

Le cas du Linky

Les mesures effectuées par l’ANFR à proximité du compteur Linky (entre 30 et 100 kHz) montrent de très faibles niveaux de champs électriques et magnétiques qui ne sont plus mesurables à 50 cm du compteur. En fait, les niveaux de champs sont comparables à ceux que l’on mesure à proximité du compteur électronique classique. L’émission de courants porteurs en ligne (CPL) ne rajoute que très peu d’exposition, le tout étant très inférieur aux limites réglementaires.

Champs radiofréquences

Pour l’année 2016, deux documents méritent en particulier d’être présentés : le rapport ANSES sur « radiofréquences et enfants » et un rapport partiel du National Toxicology Program (NTP), bien que non soumis à un comité de lecture. Nous évoquerons également une revue sur le sujet très débattu des RF et de l’infertilité masculine. Sur le plan de la dosimétrie, le rapport de l’ANSES sur les RF et les enfants confirme que ceux-ci absorbent davantage les RF des téléphones mobiles que les adultes ; ceci en raison de leur petite taille, de la finesse du lobe de l’oreille des enfants et des propriétés diélectriques des tissus immatures, différentes de celles des adultes. Absorber plus d’énergie RF ne signifie pas implicitement que l’exposition des enfants dépasse les limites d’exposition du public, en particulier pour les expositions en champ lointain (antennes) pour lesquelles les niveaux d’exposition sont très largement en dessous des limites d’exposition (1/1 000° environ). La question d’un dépassement des limites pourrait se poser en revanche pour certaines expositions locales (sources près du corps, signaux 2G de téléphonie mobile) dans la mesure où le rapport entre limites d’exposition public et les expositions est plus petit (1/10° environ). Sur le plan des effets sur la santé, le rapport conclut à « un effet possible des radiofréquences sur les fonctions cognitives de l’enfant », avec une tendance à des effets bénéfiques, puisque l’effet le plus retrouvé est une diminution du temps de réaction dans les tâches cognitives. En revanche, une tendance à des comportements suicidaires ressort des études chez les adolescents, ce qui serait davantage lié à l’usage des téléphones, en particulier la nuit (manque de sommeil), qu’à l’exposition aux RF. En mai 2016, le NTP américain a diffusé des résultats partiels de son programme de recherche sur les effets cancérigènes des radiofréquences de la téléphonie mobile [8]. Les résultats de cette étude d’envergure (26 millions de dollars américains), en lien avec le cancer, étaient attendus avec intérêt. Des rats ont été exposés, corps entier, au signal GSM 900 ou CDMA, à 4 niveaux de débit d’absorption spécifique (DAS) : 0 ; 1,5 ; 3 et 6 W/kg, depuis la gestation et durant 106 semaines (c’est-à-dire toute leur vie) en alternance de 10 minutes ON/10 minutes OFF, 9 h/jour et 7 j/semaine. Les résultats montrent qu’au niveau de DAS le plus fort, l’exposition aux radiofréquences a augmenté légèrement chez les rats la fréquence de deux types de tumeurs rares, au niveau du cerveau (gliomes) et du coeur (schwannomes). Le rapport du NTP souligne la similarité de ces tumeurs avec le type de tumeurs identifiées dans l’étude épidémiologique Interphone (gliome et neurinome) qui concernait les RF des téléphones portables. Or, l’étude NTP a étudié l’effet d’expositions corps-entier se rapportant à l’exposition due à des antennes et non à des téléphones portables.

Tandis que ces résultats ont fait l’objet d’un effet d’annonce alarmiste, qui a suscité de nombreuses réactions, on constate que les rats exposés à 6 W/kg vivent plus longtemps que les rats contrôles. Ceci pose question et pourrait expliquer l’absence de tumeurs dans un groupe où les animaux meurent plus jeunes. Enfin, le niveau de DAS auquel l’effet est observé est supérieur à 4 W/kg corps entier, qui est la valeur définie par l’ICNIRP comme le seuil pour l’apparition d’effets délétères liés à l’échauffe­ment avéré des tissus. Donc, au mieux, ces résultats partiels semblent confirmer que les bases de la réglementation proposées par l’ICNIRP sont sécuritaires.

La baisse de la fertilité masculine est une préoccupation de santé publique depuis plus de 20 ans et la question du rôle des facteurs environnementaux, notamment des RF des téléphones portables, est régulièrement posée [9]. Une revue a ainsi été réalisée sur le sujet par des chercheurs australiens [10]. Considérant 27 études expérimentales ayant étudié les effets des RF de la téléphonie mobile sur le système de reproduction mâle, les auteurs indiquent que 21 études ont montré des conséquences négatives des RF sur les organes sexuels des mâles ou sur les spermatozoïdes (d’origine humaine ou animale). Si ce constat est probablement correct du point de vue « comptable », plusieurs articles montrant des effets délétères des RF ont vu leur qualité scientifique remise en cause, notamment dans le rapport ANSES « Radiofréquences et santé » de 2013, en raison de conditions d’exposition non maîtrisées [11, 13], de l’absence de dosimétrie et/ou de l’utilisation d’un téléphone mobile réel pour l’exposition [14] ou en raison de l’utilisation de tests statistiques inadaptés [12, 15]. De plus, cette revue cite l’article de Falzone 2010 [16] de manière erronée : contrairement à ce qu’affirment les auteurs, elle ne montre pas d’effet délétère des RF. Enfin, plusieurs publications qui n’ont pas montré d’effet délétère des RF sur le système de reproduction de rongeurs mâles, ont été oubliées dans cette analyse, comme celles de Lee 2012 [17] et de Poulletier de Gannes 2013 [18]. Cette revue manque donc d’objectivité, contribue à alimenter la controverse et n’éclaire en rien le débat sur un rôle des RF des téléphones portables comme cause d’infertilité masculine. La question reste donc posée, en l’attente d’autres études rassemblant les critères de qualité de la recherche en bioélectromagnétisme.

Par ailleurs, l’ANFR a réalisé plus de 3 500 mesures d’exposition du public aux champs RF en 2015. Avec des niveaux de champ médian mesurés de l’ordre de 0,36 V/m, l’analyse montre que les valeurs limites réglementaires d’exposition sont respectées.

L’ANSES a également publié un rapport d’expertise sur l’exposition de la population aux champs électromagnétiques émis par les « compteurs communicants » qui conclut que les champs électromagnétiques émis par les communications CPL, à proximité des compteurs ou au voisinage des câbles électriques dans des habitations sont à des niveaux très faibles, comparables à ceux émis par les dispositifs électriques ou électroniques habituels. La probabilité que l’exposition aux champs électromagnétiques émis par les compteurs communicants puisse engendrer des effets sanitaires à court ou long terme est très faible.

 

Actualités réglementaires et législatives

Le Décret transposant la directive 2013/35/UE en droit français est paru au journal officiel le 3 août 2016. Il s’agit de régle­menter l’exposition des professionnels et de fournir des valeurs limites d’exposition, VLE – valeurs biologiques garantissant l’absence d’effets délétères – et des valeurs déclenchant l’action, VA – valeurs physiques mesurables garantissant le respect des VLE. La France, contrairement aux autres états membres, va au-delà d’une simple transposition et, en particulier, introduit dans le décret l’obligation pour l’employeur de limiter l’exposition des femmes enceintes et des jeunes travailleurs âgés de moins de 18 ans aux limites du public.

Ce sont les effets biophysiques directs sur l’organisme qui sont pris en compte. Pour les RF, il s’agit de la prévention des effets thermiques et pour les très basses fréquences (notamment à 50 Hz), de la prévention des effets de stimulation des muscles, des nerfs et des organes sensoriels. C’est bien l’apparition de magnétophosphènes qui s’inscrit en filigrane de la stimulation des organes sensoriels, avec la stimulation de la rétine.

La marge de sécurité est en fait considérable puisqu’à 50 Hz le premier niveau de la valeur déclenchant l’action est de 1000 μT alors qu’un travail expérimental, conduit au Lawson Health Research Institute (Canada), montre que le seuil de perception des magnétophosphènes chez des volontaires est de l’ordre de 15 000 μT [19].

 

 

Références
  1. ANFR. Étude de l’exposition du public aux ondes radioélectriques : analyse de 3 500 résultats de mesures réalisées entre le 1er janvier et le 31 décembre 2015 (novembre 2016). http://www.anfr.fr/fileadmin/CP/2015-12-23_Analyse_mesures_2014_vf.pdf
  2. ANFR. Rapport technique sur les niveaux de champs électromagnétiques créés par les compteurs Linky. Volet 1 : mesures en laboratoire (mai 2016) Volet 2 : mesures complémentaires en laboratoire (septembre 2016) Volet 3 : mesures sur le terrain (septembre 2016)
  3. ANSES. Exposition de la population aux champs électromagnétiques émis par les « compteurs communicants », rapport d’expertise collective, décembre 2016. https://www.anses.fr/fr/content/compteurs-communicants-des-risques-sanitaires-peu-probables.
  4. ANSES. AVIS et RAPPORT de l’Anses relatif à l’expertise Exposition aux radiofréquences et santé des enfants, juin 2016. AVIS et RAPPORT de l’Anses relatif à l’expertise Exposition aux radiofréquences et santé des enfants
  5. Crespi CM, Vergara XP, Hooper C, Oksuzyan S, Wu S, Cockburn M, Kheifets L. Childhood leukaemia and distance from power lines in California: a population based case control study. Br J Cancer 2016 ; 115(1) : 122-8.
  6. Liorni I, Parazzini M, Struchen B, Fiocchi S, Röösli M, Ravazzani P. Children’s Personal exposure measurements to extremely low frequency magnetic fields in italy. Int J Environ Res Public Health 2016 ; 13(6) : 549.
  7. Magne I, Souques M, Bureau I, Duburq A, Remy E, Lambrozo J. Exposure of children to extremely low frequency magnetic fileds in France : results of the EXPERS study. J Expo Sci Environ Epidemiol 2016.
  8. Wyde M, Cesta M, Blystone C, Elmore S, Foster P, Hooth M, et al. Report of partial findings from the national toxicology program carcinogenesis studies of cell phone radiofrequency radiation in Hsd: Sprague Dawley® SD rats (Whole Body Exposure). https://doi.org/10.1101/055699
  9. Jurewicz J, Hanke W, Radwan M, Bonde JP. Environmental factors and semen quality. Int J Occup Med Environ Health 2009 ; 22(4) : 305-29.
  10. Houston BJ, Nixon B, King BV, De Iuliis GN, Aitken RJ. The effects of radiofrequency electromagnetic radiation on sperm function. Reproduction 2016 ; 152 : R263-76.
  11. De Iuliis GN, Newey RJ, et al. Mobile Phone Radiation Induces Reactive Oxygen Species Production and DNA Damage in Human Spermatozoa In Vitro. 2009 ; PLoS ONE 4(7): e6446.
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