Milieu de vie

Qualité de l'air intérieur

Synthèse publiée le : 01/04/2017

MOISISSURES ET HABITAT

Les rapports internationaux font état d’au moins 20 % de loge­ments concernés par la présence de moisissures. Leur caractérisa­tion a bénéficié de technologies récentes : prélèvements d’air et de poussières assurant une meilleure représentativité de la contamina­tion aérienne et de l’exposition des personnes, détection de méta­bolites primaires ou secondaires, analyses de biologie moléculaire, nécessitant ainsi de développer une stratégie d’investigation selon les objectifs visés. La présence observée de moisissures dans les pièces à vivre et l’odeur de moisi sont associées chez le jeune enfant au développement de l’asthme et à l’aggravation des symptômes respiratoires. L’incidence de l’asthme est augmentée chez les adultes exposés dans des bâtiments professionnels avec d’importants dégâts des eaux. Une association a été établie entre l’exposition aux moisissures visibles et le risque de rhinite allergique. Des premières données suggèrent une association entre l’exposition de longue durée aux moisissures (> 2 ans) des enfants dès la petite enfance et l’altération de la fonction cognitive. Les sources à l’origine de déve­loppements de moisissures doivent être prévenues ou corrigées, notamment vis-à-vis des populations les plus à risque, surexposées ou présentant une sensibilité aux contaminants fongiques aériens.

 

L’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) a détecté la présence de moisissures dans 16 % des logements, lors de sa campagne nationale sur 567 logements représentatifs du parc immobilier métropolitain (2003-2005) [1]. Cette propor­tion est de 32 % lorsqu’on utilise différents traceurs de composés organiques volatils d’origine microbienne (COVm), selon l’indice de contamination fongique développé par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). La présence de moisissures a été détectée dans 5 % des 878 salles investiguées, lors de la campagne menée dans les 310 écoles et crèches par le ministère de l’environnement, entre 2009 et 2011.

Globalement, les différents rapports internationaux convergent vers une proportion d’au moins 20 % de logements concernés par la présence de moisissures et associent les problèmes d’humidité comme l’un des principaux facteurs de développement fongique [2].

Le rapport d’expertise collective de l’Agence Nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur les moisissures dans le bâti, publié en juin 2016 [2], traite des quatre volets suivants sur saisine de la direction générale de la prévention des risques et de la Direction générale de la santé :

  •         connaissance des effets sur la santé liés aux moisissures ;
  •         état de l’art des méthodes de mesure des moisissures dans l’air intérieur, les poussières déposées au sol et les matériaux ;
  •         appréciation des bâtiments concernés ;
  •         appréciation des populations exposées et/ou à risque.

Les quatre points suivants ont ainsi fait l’objet d’actualisations récentes.

 

Caractérisation des expositions aux moisissures dans les environnements intérieurs

Diverses méthodes sont proposées pour appréhender l’exposition aux moisissures dans les environnements intérieurs, ce qui souligne le manque de consensus dans ce domaine. Les développements récents concernent essentiellement les prélèvements d’air (biocollecteurs cycloniques et capteurs individuels) et les prélèvements de poussières sédimentées (aspiration standar­disée et capteur électrostatique). Ces développements techniques ont pour objectif d’obtenir une représentativité de la conta­mination réelle des environnements et de l’exposition des personnes, et de permettre une batterie d’analyses.

Les analyses culturales restent d’actualité car elles font référence pour l’identification des moisissures, bien qu’il puisse exister une compétition entre les espèces cultivables sur la boîte de gélose. Elles nécessitent plusieurs milieux de culture, incubés à différentes températures et analysés à différents temps, afin d’augmenter la gamme des moisissures détectées, ainsi qu’une expertise pour l’identification morphologique des espèces. Des développements méthodologiques récents permettent d’iden­tifier des souches isolées des cultures. Le facteur limitant actuel reste la disponibilité et la qualité des bases de données concer­nant les espèces de l’environnement, mais qui devrait se réduire avec l’incrémentation régulière des banques de données.

Les méthodes de la biologie moléculaire utilisées directement sur les prélèvements environnementaux ont l’avantage de mettre en évidence les espèces non cultivables et les cellules mortes non revivifiables mais potentiellement allergisantes. Les méthodes de dosage de métabolites1 primaires (ergostérol, glucanes) ou secondaires (COVm2) ne distinguent pas les espèces fongiques et nécessitent d’être accompagnées d’une analyse d’identification fongique.

La réalisation de prélèvements d’air, de surface et de matériaux a fait l’objet de normes récentes NF ISO [3-6], dont une norme spécifique à la stratégie d’échantillonnage [7]. L’analyse des moisissures par culture a fait aussi l’objet d’une norme NF ISO [8]. Ceci devrait harmoniser les méthodes et faciliter l’agrégation et la comparaison des données produites par la communauté scientifique au niveau international.

En considérant l’ensemble des méthodes de prélèvements et d’analyse proposées aujourd’hui, il s’avère nécessaire de bien distinguer les objectifs des investigations environnementales dans l’habitat : caractérisation de l’habitat (moisissures visibles, anomalies structurelles ou non, humidité des matériaux), recherche d’effets potentiels sur la santé, quantification et identifi­cation des espèces de moisissures pour un problème de santé (orientation médicale d’une pathologie diagnostiquée), surveil­lance d’actions correctives, etc.

 

Recommandations de l’Anses

L’observation de l’étendue des surfaces moisies cumulées au niveau des pièces à vivre permet de déclencher les actions suivantes :

  •  < 0,2 m2 (3 feuilles A4) : niveau faible de contamination – nettoyage par le particulier (sauf pour les personnes atteintes de pathologies respiratoires chroniques et immunodéprimées) ;
  •  0,2 – 3 m2 : niveau moyen de contamination – intervention par le particulier ou de préférence par un professionnel du bâtiment, avec respect de mesures de protection ;
  •  > 3 m2 : critères d’insalubrité – niveau élevé de contamination – intervention par un professionnel labélisé pour la remédiation.

Une concentration en flore fongique supérieure à 1000 UFC1.m-3 nécessite une recherche des causes et une intervention par un professionnel labélisé pour la remédiation.

 

Effets sur la santé liés aux moisissures

L’analyse des études épidémiologiques sur la relation entre l’exposition aux moisissures dans l’environnement intérieur et les effets sur la santé montre les points suivants.

Asthme

Chez le jeune enfant, les études indiquent que la présence observée de moisissures dans les pièces à vivre et l’odeur de moisi, étudiée conjointement ou non avec l’humidité est associé au développement de l’asthme (étude de cohorte de naissance, asthme incident, méta-analyses). Cette relation est plus élevée chez l’enfant dont l’un des parents a des symptômes d’atopie3. En revanche, les résultats des études mesurant directement les différentes espèces ou les métabolites ne permettent pas de conclure quant à une association entre une exposition quantitative aux moisissures et la survenue de l’asthme.

L’exposition aux moisissures, et notamment l’exposition à Penicillium, est associée à une augmentation de l’activité et à un mauvais contrôle de la maladie asthmatique chez l’enfant, et ce quel que soit le niveau de gravité de l’asthme des enfants à l’inclusion dans l’étude et la sensibilisation ou non aux moisissures.

En population générale, il n’est pas possible de conclure à l’effet propre des moisissures vis-à-vis de l’incidence de l’asthme par rapport aux autres facteurs liés à l’humidité dans les logements (trop peu d’études longitudinales4 et résultats insuffi­samment cohérents). Chez l’adulte en milieu de travail, les études, menées dans des pays nordiques ou dans des établisse­ments ayant connu des dégâts des eaux importants aux États-Unis, indiquent l’existence de relations entre l’exposition aux moisissures et l’incidence de l’asthme. En France, les données d’exposition sont peu nombreuses dans les locaux profes­sionnels.

Rhinite allergique

Les études transversales, qui utilisent des indicateurs d’exposition portant spécifiquement sur les moisissures, indiquent clairement une augmentation du risque de rhinite chez les personnes exposées aux moisissures. Les quelques études longi­tudinales, portant sur l’exposition « aux moisissures et/ou à l’humidité », ne permettent pas de conclure à la présence ou à l’absence d’une augmentation du risque de rhinite. Certaines études font même état d’une diminution du risque de rhinite liée à l’exposition à certains composants dérivés des moisissures chez l’enfant.

Autres pathologies

Il n’est pas possible de conclure à une association ou à l’absence d’association entre humidité/moisissures et syndrome du bâtiment malsain5. Les résultats issus de rares études longitudinales sont hétérogènes voire contradictoires, probablement en partie de l’hétérogénéité des populations et de la symptomatologie incluses dans les analyses, mais aussi en raison des analyses réalisées.

Les études mettent en évidence chez l’enfant une association entre des expositions de longue durée (supérieures à 2 ans) aux moisissures dès la petite enfance et l’altération de la fonction cognitive définie par le Quotient Intellectuel et les troubles du comportement.

 

Recommandations de l’Anses

  •  Les études épidémiologiques longitudinales permettant d’analyser la survenue d’effets sur la santé devraient intégrer un volet sur la qualité du logement (présence de moisissures visibles) et être accompagnées de mesures caractérisant les différents niveaux d’exposition ainsi que l’identification des espèces fongiques.
  •  La réalisation d’études interventionnelles est aussi nécessaire pour évaluer l’intérêt et l’efficacité de travaux de remédiation avec des marqueurs de santé.
  •  Des études de toxicologie devraient permettre de déterminer l’implication des différentes espèces fongiques et de leurs composants (spores, mycotoxines, allergènes, COVm), étudiés seuls ou en mélange, présents dans l’air ou dans les poussières de logements contaminés par les moisissures.
  •  Des enquêtes devraient être menées sur les conséquences d’une exposition spécifique aux moisissures en matière de santé mentale et d’isolement social, ainsi que d’impact sur les représentations de soi et de santé, notamment pour les populations en situation de précarité énergétique et sur l’usage du logement et des dispositifs existants.

 

Populations à risque

Les résultats des recherches montrent que les groupes d’individus les plus à risque d’effets sanitaires par rapport à la problématique des moisissures dans les environnements intérieurs sont :

  •  les individus présentant un risque de surexposition de par leurs caractéristiques socio-économiques : précarité énergé­tique du ménage, logement en sur-occupation, conditions de logement dégradées ;
  •  les individus présentant une sensibilité proprement dite aux aérobiocontaminants fongiques : nourrissons et enfants, personnes âgées, sujets atopiques ou présentant un autre type d’hypersensibilité, enfants asthmatiques, sujets atteints de mucoviscidose ou de BPCO6, patients immunodéprimés de retour à domicile.

 

Recommandations de l’Anses

Compte-tenu des enjeux de santé publique liés à l’exposition aux moisissures dans le bâti (logements et lieux accueillant du public) :

  •  les populations à risque exposées aux moisissures devraient être intégrées dans la procédure d’insalubrité, avec un délai ajusté pour la prescription de travaux et une substitution en cas de défaillance des propriétaires ;
  •  les professionnels de santé et les acteurs sociaux devraient être sensibilisés sur leurs implications dans le signalement et la prise en charge du risque fongique pour les populations à risque ;
  •  des modalités de signalement, d’évaluation de la situation et d’action sont proposées pour la prévention de la santé au travail.

 

Bâtiments : développement des moisissures, prévention et remédiation

Les sources à l’origine de la présence de moisissures peuvent être rattachées directement au bâti (fuites sur la plomberie, vides sanitaires non ventilés, matériaux de construction endommagés, infiltration d’eau de pluie, inondations, propagation de contaminants par le système de chauffage, ventilation et climatisation), ou alors à l’occupation qui en est faite par les habitants (manque de ventilation, chauffage insuffisant, augmentation de l’humidité, sources d’humidité internes). Elles doivent être prévenues ou corrigées pour éviter la contamination fongique.

Des niveaux excessifs d’eau dans les matériaux peuvent conduire à des développements de moisissures ; toutefois la crois­sance des espèces fongiques dépend de la disponibilité en eau des matériaux (Aw) [9]. La dispersion des spores fongiques est déterminée par l’humidité ambiante et par d’autres facteurs liés à l’espèce fongique en cause, comme le caractère humide ou sec des parois des moisissures, la structure des spores ou leur position dans la colonie.

La mise en place d’une décontamination des matériaux nécessite d’opérer dans un cadre sécurisé pour les occupants (éloi­gnement des personnes à risque) et pour les personnes qui interviennent sur les surfaces contaminées (équipements de protection individuelle). Lorsqu’il s’agit de zones contaminées de grande étendue, les surfaces sont recouvertes provisoire­ment d’une bâche en plastique scellée à l’aide de ruban adhésif, afin de contenir éléments fongiques, débris et poussières contaminés. Le lieu des travaux est confiné, notamment en obturant le bas des portes détalonnées et les bouches de venti­lation. L’utilisation d’un détergent est recommandée (voire une solution chlorée avec toutes les précautions nécessaires). À l’issue de l’opération de décontamination, la zone de travail est dépoussiérée avec un aspirateur équipé d’un filtre HEPA (Haute efficacité pour particules aériennes). Les matériaux poreux (panneaux de gypse, plaques de plâtre, dalles de plafond, isolants, etc.) doivent être retirés et éliminés s’ils comportent plus qu’une petite surface contaminée.

 

Recommandations de l’Anses

Afin de prévenir le développement des moisissures :

  •  les professionnels du bâtiment devraient être sensibilisés lors de la construction de nouveaux bâtiments, de la rénovation ou de la remédiation de bâtiments existants, dans le double objectif de protéger la santé des personnes et de préserver la durabilité du bâti ;
  •  les propriétaires occupants et les occupants devraient bénéficier d’informations sur la gestion des bâtiments (cahier d’entretien et de maintenance) et l’utilisation et l’entretien de la ventilation (fascicule d’informations) ;
  •  le public devrait bénéficier d’un conseil technique sur le logement mis en place par les municipalités ;
    le contrôle de la ventilation et de l’humidité relative par mesure in situ en phase habitée devrait être intégré dans la prochaine réglementation thermique (RT 2020) ;
  •  les certificats énergétiques des transactions immobilières devraient être complétés par une déclaration concernant la ventilation, le taux d’hygrométrie des matériaux constitutifs du bâti ;
  •  un contrôle a minima quinquennal de l’efficacité des systèmes de ventilation devrait être rendu obligatoire ;
  •  le diagnostic de l’habitat et l’identification des causes (ponctuelles et structurelles) de la contamination ainsi que le contrôle des bâtiments neufs ou rénovés devraient être réalisés par un expert certifié ou labélisé, après formation nationale obligatoire ;
  •  l’évaluation de la vulnérabilité des matériaux de construction garantis sans additifs à activité antifongique, avant mise sur le marché devrait faire l’objet d’un étiquetage obligatoire.

 

D’une manière générale, le niveau de connaissances vis-à-vis de la problématique des moisissures des différents profes­sionnels impliqués dans la prévention des contaminations fongiques (domaines de la construction, de la rénovation et de la remédiation) et/ou dans la prise en charge des risques pour les populations exposées (professionnels de santé, acteurs sociaux et PMI pour le signalement ; professionnels chargés d’apprécier la contamination) est un facteur clé pour la réduc­tion de l’exposition aux moisissures et des effets sanitaires associés.

 

Notes

[1] Composés issus du métabolisme.

[2] Composés organiques volatils d’origine microbienne.

[3] Prédisposition au développement d’allergie.

[4] Suivi sur le long terme.

[5] Combinaison de symptômes ou de maladies non expliquées chez les occupants d’un immeuble.

[6] Bronchopneumopathie chronique obstructive.

 

Liens d’intérêt en rapport avec le texte publié : aucun

 

Références
  1. Site de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur.
  2. ANSES (2016) Moisissures dans le bâti. Agence nationale de sécurité sanitaire – Alimentation, environnement, travail, 344 p.
  3. NORME NF ISO 16000-16 : Air intérieur Partie 16 : Détection et dénombrement des moisissures – Échantillonnage par filtration (2009).
  4. NORME NF ISO 16000-18 : Air intérieur Partie 18 : Détection et dénombrement des moisissures – Échantillonnage par impaction (2011).
  5. NORME NF ISO 16000-20 : Air intérieur Partie 20 : Détection et dénombrement des moisissures – Détection du nombre total de spores (2015).
  6. NORME NF ISO 16000-18 : Air intérieur Partie 21 : Détection et dénombrement des moisissures – Échantillonnage à partir de matériaux (2014).
  7. NORME NF ISO 16000-19 : Air intérieur Partie 19 : Détection et dénombrement des moisissures – Stratégie d’échantil­lonnage des moisissures (2014).
  8. NORME NF ISO 16000-17 : Air intérieur Partie 17 : Détection et dénombrement des moisissures – Méthode par culture (2009).
  9. CSHPF. Contaminations fongiques en milieux intérieurs. Diagnostic, effets sur la santé respiratoire, conduites à tenir. Rapport du GT « Moisissures dans l’habitat ». Conseil supérieur d’hygiène publique de France, 2006 ; 101 p.


Year Book 2016

Corinne Mandin

Université Paris-Est
Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB)
84, avenue Jean Jaurès
77447 Champs-sur-Marne Cedex 02
France
corinne.mandin@cstb.fr

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Synthèse publiée le : 01/04/2016

Qualité de l'air intérieur

De nouveaux champs d’études et de recherches sur la qualité de l’air intérieur sont explorés et ont fait l’objet de publications au cours de l’année 2015, comme la qualité de l’air dans les lieux d’accueil des personnes âgées ou les impacts du changement climatique, ou ceux de la performance énergétique des bâtiments sur la qualité de l’air intérieur. Par ailleurs, l’état de la contamination des logements français en composés organiques semi-volatils dans l’air et dans les poussières au sol a été présenté. Enfin, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié deux rapports très attendus sur les substances prioritaires pour un étiquetage des émissions du mobilier et sur la qualité de l’air dans les enceintes ferroviaires souterraines.

 

Compte tenu du temps important passé dans les environnements clos et de la présence de nombreuses sources de pollution chimique, physique et microbiologique, la qualité de l’air intérieur représente un enjeu de santé aujourd’hui largement reconnu. En 2014, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) chiffraient, pour l’année 2004 en France, à environ 28 000 le nombre de nouveaux cas de pathologies et à plus de 20 000 le nombre des décès liés à six polluants de l’air intérieur, soit un coût d’environ 19 milliards d’euros pour le pays. Tandis que des évolutions réglementaires ont vu le jour ces dernières années, comme l’étiquetage obligatoire des matériaux de construction et produits de décoration vis-à-vis des émissions de dix composés organiques volatils (COV) ou la surveillance de polluants dans certains lieux recevant du public, les travaux de recherche sur la qualité de l’air intérieur se poursuivent et investissent de nouveaux lieux et nouveaux champs.

 

Établissements d’accueil de personnes âgées : un lieu de vie à explorer

Les établissements pour hébergement des personnes âgées font depuis peu l’objet de travaux pour y décrire la qualité de l’air intérieur et ses effets sur une population considérée fragile. En 2015 ont été publiés les résultats de l’étude GERIE (Geriatric study in Europe on health effects of air quality in nursing homes) [1]. Première étude européenne multicentrique conduite dans ces lieux, elle visait à évaluer les effets des paramètres de qualité de l’air intérieur et de confort sur la santé cardio-respiratoire des personnes âgées. Six cents personnes de plus de 70 ans (âge moyen : 82 ans) réparties dans 50 établissements de sept pays ont participé. En parallèle de mesures de particules, formaldéhyde, COV, ozone, dioxyde d’azote, température, humidité relative et dioxyde de carbone dans l’air de la salle commune, les participants ont suivi une visite médicale pour évaluer leur fonction respiratoire et ont complété un questionnaire standardisé sur leur santé et leurs facteurs de risque. Les concentrations intérieures n’ont pas montré de spécificités propres à ce lieu de vie. Des relations entre les concentrations intérieures en particules et dioxyde d’azote et l’essoufflement, la toux et les sifflements ont néanmoins été mises en évidence. Les effets sont apparus plus marqués chez les personnes de plus de 80 ans et dans les résidences avec un plus faible apport d’air neuf.

En parallèle de l’acquisition de connaissances dans des lieux de vie encore peu étudiés, la surveillance de la qualité de l’air dans les établissements recevant du public poursuit sa mise en place avec la parution au Journal Officiel du 19 août 2015 du décret n° 2015-1000 relatif aux modalités de surveillance de la qualité de l'air intérieur dans certains établissements recevant du public. Ce décret est accompagné d’un guide pratique pour une meilleure qualité de l'air dans les lieux accueillant des enfants, publié par le ministère en charge de l’Environnement et disponible sur son site Internet.

 

Ventilation des logements et santé respiratoire des enfants : une étude canadienne d’ampleur

Les études d’intervention pour tester des solutions d’amélioration de la qualité de l’air intérieur et in fine de réduction des effets sur la santé sont très rares. Une étude canadienne menée dans des logements a été publiée en 2015 [2]. Elle avait pour objectif d'évaluer l'impact de la ventilation sur la qualité de l'air intérieur et la fréquence des symptômes respiratoires chez des enfants asthmatiques. Cent quinze enfants âgés de 3 à 12 ans ont été recrutés et des mesures de qualité d’air intérieur ont été réalisées à leur domicile (aldéhydes, COV, PM2,5 et PM10, spores de moisissures). Un sous-groupe de 83 enfants résidant dans des maisons présentant un renouvellement d’air jugé faible a ensuite participé à l’étude d’intervention : 40 enfants ont constitué le groupe témoin et, dans les maisons des 43 autres enfants, une ventilation mécanique contrôlée a été installée ou bien le système déjà en place a été amélioré. Aucune diminution significative du nombre de jours avec symptômes d'asthme chez les enfants du groupe d’intervention pendant l'automne et l'hiver qui ont suivi n’a été observée par rapport aux enfants du groupe témoin. Cependant, au cours des 12 mois suivant l’intervention, des diminutions statistiquement significatives de 22 % du nombre d'enfants ayant eu un épisode ou plus de sifflement respiratoire, et de 20 % de ceux ayant eu quatre épisodes ou plus, ont été observées dans le groupe d’intervention. En comparaison des mesures avant l’intervention, les concentrations intérieures en formaldéhyde, toluène, styrène, limonène, pinène et spores de moisissures ont significativement diminué dans les maisons du groupe d’intervention en comparaison de celles des témoins. Les auteurs de l’étude appellent à sa répétition sur un plus grand nombre de sujets.

 

Qualité de l’air intérieur et changement climatique

En cette année de conférence internationale pour le climat, plusieurs études ont fait le point sur les effets du changement climatique sur la qualité de l’air intérieur et la santé [3]. Des températures plus élevées pourront conduire à une augmentation des émissions des matériaux et produits de construction, de décoration et d’ameublement dans les bâtiments, donc des expositions associées. À ce sujet, l’Anses a publié en 2015 une liste de 31 substances potentiellement émises par les produits d’ameublement et ayant un score de danger élevé selon l’Agence. Par ailleurs, l’augmentation des concentrations atmosphériques extérieures, d’ozone en particulier, impactera la qualité de l’air intérieur. De plus, dans le contexte d’événements climatiques extrêmes que l’on prévoit plus fréquents, les populations pourront être exposées à des moisissures suite à des inondations ou bien au monoxyde de carbone lors de l’utilisation d’appareils de chauffage d’appoint non raccordés ou inadaptés, groupes électrogènes notamment, pour pallier aux coupures d’électricité. En 2015, l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (US-EPA) a engagé un programme de recherche sur les relations entre qualité de l’air intérieur et changement climatique, assorti d’un budget de 8 millions de dollars, confirmant les enjeux associés.

 

Qualité de l’air intérieur dans les bâtiments performants en énergie

Dans le contexte de réduction des consommations d’énergie pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, le secteur du bâtiment joue un rôle prépondérant. Cependant, l’amélioration des performances énergétiques des bâtiments, qui passe notamment par le renforcement de l’étanchéité à l’air de l’enveloppe, ne doit pas se faire au détriment de la qualité de l’air intérieur et du confort des occupants. Plusieurs études ont été publiées en 2015 en Angleterre, Belgique, Suède, Finlande, France et Autriche [4] visant à comparer les concentrations intérieures et les paramètres d’ambiance mesurés dans des logements neufs ou récemment rénovés, donc respectant les exigences de performance énergétique, à ceux mesurés dans les logements du parc existant ou construits de façon dite standard. En France, l’OQAI collecte les mesures réalisées sur le territoire national par des opérateurs locaux et a publié en 2015, à partir de cette base de données, le premier état de la qualité de l’air dans 32 logements performants en énergie[a]. Les résultats de ces études convergent et tendent à montrer des concentrations intérieures plus faibles dans les logements performants, avec cependant des points de vigilance vis-à-vis des moisissures, du radon et des températures. Les études visant à documenter la qualité de l’air dans ces nouveaux bâtiments doivent se poursuivre.

 

De nouvelles substances chimiques d’intérêt dans les bâtiments

Tandis que d’autres lieux et nouvelles thématiques sont explorés, de nouvelles substances chimiques sont également recherchées, appartenant pour la plupart au groupe des composés organiques semi-volatils (COSV). En 2015, une centaine de publications scientifiques ont porté sur la mesure, la modélisation et/ou l’étude des effets sur la santé humaine des COSV présents dans l’environnement intérieur. Les COSV regroupent un ensemble de substances chimiques qui entrent dans la composition de nombreux produits : insecticide, plastifiant, conservateur, retardateur de flamme, etc. En raison de leurs propriétés physico-chimiques, les COSV sont non seulement présents dans l’air, mais aussi dans les poussières déposées sur les surfaces, ce qui expose en particulier les jeunes enfants du fait de leurs contacts main-bouche fréquents. Parallèlement, certaines de ces substances (phtalates, bisphénols, composés halogénés, etc.) présentent des effets avérés ou suspectés sur les systèmes nerveux, immunitaire ou reproductif, ou sur la fonction hormonale. En 2015, les résultats de la première campagne de mesure de 72 COSV dans les logements français ont été publiés [5]. L’étude a confirmé la présence simultanée d’un grand nombre de ces composés dans l’air intérieur puisque, dans un logement français sur deux, 35 des 66 COSV recherchés dans l’air ont été détectés. Les phtalates et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) sont systématiquement présents dans les logements du parc français et en concentrations relativement élevées.

 

Qualité de l’air intérieur dans les enceintes ferroviaires souterraines

Enfin, la qualité de l’air intérieur ne concerne pas que le bâtiment, mais également les habitacles de transport. En 2015, l’Anses a réalisé un état des connaissances sur la pollution chimique de l’air dans les enceintes ferroviaires souterraines, la toxicité des substances en présence, les expositions des travailleurs et les effets sanitaires associés[b]. L’évaluation des risques sanitaires conduite par l’Anses sur la base des données collectées a permis de conclure à l’existence d’un risque sanitaire respiratoire et cardiovasculaire associé à l’exposition chronique des travailleurs aux particules dans l’air de ces enceintes.

 

Mesure de la qualité de l’air intérieur : une opportunité pour l’innovation

Substances émergentes, mesures en continu, télétransmission des données, déploiement à grande échelle : la demande est très forte pour faciliter la mesure de la qualité de l’air intérieur et la rendre accessible au plus grand nombre. L’année 2015 a confirmé le foisonnement des dispositifs sur le marché. Le programme de vérification ETV (Environmental Technology Verification) permet de vérifier de manière indépendante les performances des éco-technologies innovantes. L’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) a été missionnée pour mettre en œuvre le dispositif en France. En 2015, deux technologies pour la surveillance de la qualité de l’air intérieur ont reçu une déclaration de vérification ETV (http://www.verification-etv.fr/).

 

Liens d’intérêt. Interventions ponctuelles (en rapport avec le texte publié) :

. Interventions ponctuelles pour des conférences grand public ou scientifiques non rémunérées sur la qualité de l’air intérieur
. Analyses rémunérées d’articles scientifiques pour le bulletin Info Santé Environnement Intérieur de l’INERIS (2-3 par an)
. Membre du Conseil d’administration de l’ISIAQ (International Society of Indoor Air Quality), aucune rémunération perçue
. Membre du Steering Committee du Joint Research Centre pour la rédaction du rapport intitulé « Promoting Healthy and Energy Efficient Buildings in the European Union », aucune rémunération perçue
. Membre du Conseil scientifique de l’étude PESTI’HOME de l’ANSES sur les expositions aux pesticides à domicile, vacations rémunérées

 

Références

  1. Bentayeb M, Norback D, Bednarek M, et al. Indoor air quality, ventilation and respiratory health in elderly residents living in nursing homes in Europe. European Respiratory Journal 2015 ; 45 : 1228-38.
  2. Lajoie P, Aubin D, Gingras V, et al. Étude des impacts de la ventilation sur la qualité de l'air intérieur et la santé respiratoire des enfants asthmatiques dans les habitations (Projet IVAIRE). Québec : Gouvernement du Québec, 2015.
  3. Fisk WJ. Review of some effects of climate change on indoor environmental quality and health and associated no-regrets mitigation measures. Building and Environment 2015 ; 86 : 70-80.
  4. Wallner P, Munoz U, Tappler P, et al. Indoor environmental quality in mechanically ventilated, energy-efficient buildings vs. conventional buildings. International Journal of Environmental Research and Public Health 2015 ; 12 : 14132-47.
  5. CSTB-EHESP. Premier état de la contamination des logements français en composés organiques semi-volatils : pesticides, phtalates, retardateurs de flamme, etc. Bulletin de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur n°9. http://www.oqai.fr/userdata/documents/490_Bulletin_OQAI9_COSV.pdf

 

 

[a] Disponible en ligne :
http://www.oqai.fr/userdata/documents/493_OQAI_BPE_2015_1er_Etat_QAI_Confort_Web.pdf

[b] Disponible en ligne :
https://www.anses.fr/fr/content/pollution-de-l%E2%80%99air-dans-les-enceintes-ferroviaires-souterraines-et-risques-pour-la-sant%C3%A9-des